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USSMËLL

De Jean-Michel Maubert

Parution le 26 mai 2026

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Ussmëll veille aux confins. Vieil enfant, chamane, il porte en lui sa soeur non-née. Là où il se tient, les frontières se déplacent : entre l’humain et le non-humain, le masculin et le féminin, le soi et l’autre. Entre la vie et la mort.

"Aime la Terre", disait Nietzsche. Ici, une voix sourde insiste, une voix venue du dessous, une voix chtonienne. Elle cherche la langue terreuse dont parle Artaud, celle qui garderait la trace des boues, des forts, des fleuves. Nos corps animaux. Un langage animiste.

Le poème avance, il charrie des fragments du monde. Le fleuve sourd dépose, reprend, cherche un fond plus obscur encore, là où les figures deviennent impossibles à tenir. Des traces, les restes d’un chaos ancestral : tenter de saisir ce qui déborde, la pousse confuse des choses, leur épaisseur, leur mouvement.

La matière des poèmes percute celle des artistes. Elle se travaille, se creuse, se déforme. Elle cherche la vie dans l’os, à l’os, dans la surface, dans ce qui résiste. Dans les ossatures de Sabrina Gruss, le devenir fossile.

Dans les mutations impensables d’Olivier de Sagazan, devenues défigurations / figurations qui explorent, implosent, explosent la métastabilité des formes, leur extase. Dans les noirceurs photographiques de Rimel Neffati, puissance féminine occupant la chambre – méduse. Et dans les échos d’une soeur, toujours elle, dans le Chant du linceul, dernière partie du recueil.

Ussmëll et autres poèmes noirs est la quête d'une inhumanité vraie : celle qui trépane l'humain pour l’ouvrir, à ce dont il provient. Figures du vent, vols spirales des oiseaux, grain épais des ombres, textures des roches, mouvement furtif des cerfs, déflagrations orageuses : nos vies sont issues de ces visions inouïes dont David Abram montre à quel point elles ont sculpté. notre pense, avant même le langage, les maturations vocales.

Y revenir.

Le cri et le chant sont premiers.

Poursuivant une oeuvre entamée il y a quinze ans auprès de Maurice Nadeau, Jean-Michel Maubert offre ici un texte sorcier, une écriture qui brûle d’un feu païen, dont la lumière filtre à travers une terre humide et sombre.

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